Le carton est-il toujours plus recyclable que le plastique ? Un emballage en plastique monomatière constitue-t-il forcément un meilleur choix qu’un carton plastifié ?
Dans un précédent article, nous avons montré qu’il fallait distinguer la recyclabilité théorique d’un emballage de son recyclage effectif. Pour choisir une solution d’emballage, il faut maintenant aller plus loin : le matériau principal ne suffit pas, à lui seul, à déterminer la recyclabilité du produit fini.
La structure complète de l’emballage, ses différents composants et l’existence d’une filière adaptée doivent également être pris en compte.
Un matériau recyclable ne garantit pas un emballage recyclable
Pour qu’un emballage soit effectivement recyclable, plusieurs conditions doivent être réunies :
- il doit pouvoir être collecté avec les déchets recyclables ;
- il doit être correctement identifié et orienté en centre de tri ;
- sa matière principale doit pouvoir être séparée et préparée ;
- il doit être compatible avec un procédé industriel de recyclage existant ;
- la matière recyclée obtenue doit disposer de débouchés.
Il faut donc examiner l’emballage dans son ensemble : corps principal, barrière, opercule, fenêtre, étiquette, sleeve, colle, encre, vernis, bouchon ou système de fermeture.
Un emballage fabriqué majoritairement dans une matière recyclable peut voir ses performances dégradées par un élément associé mal choisi.
Le carton non complexé : une solution généralement favorable
Un emballage en papier-carton non complexé bénéficie d’une filière de collecte et de recyclage bien établie en France et en Europe.
Pour faciliter la récupération des fibres, il est préférable de :
- limiter les matériaux ajoutés ;
- éviter les traitements qui empêchent le carton de se désagréger dans l’eau ;
- réduire la taille des fenêtres et autres éléments en plastique ;
- utiliser des encres, vernis et colles compatibles avec le procédé papetier ;
- faciliter, lorsque cela est possible, la séparation des composants.
La présence d’une fenêtre, d’une colle ou d’une impression ne rend toutefois pas automatiquement l’emballage non recyclable. Leur influence dépend de leur nature, de leur quantité et de leur comportement pendant le tri et le recyclage.
Le CEREC considère qu’un emballage relève de la filière papier-carton lorsqu’il contient au moins 50 % de papier-carton en poids. Mais atteindre ce seuil ne suffit pas à garantir sa recyclabilité : l’emballage doit encore pouvoir être correctement trié, défibré et recyclé sans perturber le procédé industriel.
Un carton plastifié peut-il être recyclable ?
Un film ou un revêtement peut être nécessaire pour apporter une barrière à l’humidité, aux graisses, à l’oxygène ou aux arômes. Il peut aussi permettre le thermoscellage de l’emballage ou le contact avec certains produits.
La présence de plastique ne rend pas systématiquement le carton non recyclable. Il existe une catégorie spécifique pour les emballages en papier-carton complexés, qui peuvent intégrer des procédés de recyclage adaptés.
Dans ces procédés, la partie fibreuse est séparée lors du pulpage. Les matériaux associés, comme certaines couches de plastique ou d’aluminium, sont généralement écartés. Ils sont rarement recyclés avec les fibres et peuvent notamment être orientés vers une valorisation énergétique.
La recyclabilité dépend donc notamment :
- de la proportion de papier-carton récupérable ;
- de la quantité et de la nature du revêtement ;
- de la capacité du carton à se désagréger dans l’eau ;
- du rendement en fibres obtenu ;
- de la possibilité d’orienter correctement l’emballage vers la filière adaptée.
Une couche trop résistante à l’eau ou une association de matériaux difficilement séparables peut fortement diminuer le rendement du recyclage. À l’inverse, certains emballages papier-carton avec une couche barrière limitée peuvent être reconnus comme recyclables après évaluation.
Il faut donc éviter le raccourci selon lequel tous les cartons plastifiés seraient non recyclables.
Quand un emballage plastique monorésine devient-il pertinent ?
Dans certaines applications, une structure principalement constituée d’une seule résine plastique peut être préférable à un assemblage de plusieurs matériaux inséparables.
Pour les pots, barquettes, bouteilles ou flacons, les principales recommandations d’écoconception consistent à :
- privilégier une résine disposant d’une filière de recyclage ;
- éviter les associations de résines incompatibles ;
- limiter les barrières, charges et additifs perturbateurs ;
- éviter les couleurs sombres qui empêchent la détection par tri optique ;
- limiter la surface couverte par les étiquettes et les sleeves ;
- choisir des adhésifs et des éléments associés compatibles avec le procédé de recyclage ;
- faciliter la séparation des opercules, couvercles et autres composants lorsque cela est nécessaire.
Le PET clair, le PP et le PE peuvent constituer des solutions pertinentes pour certains emballages, à condition que leur conception respecte les recommandations propres à chaque filière.
Les règles ne sont cependant pas identiques pour une bouteille, une barquette, un pot, un tube ou un emballage souple. Il n’est donc pas suffisant d’indiquer « monomatière » ou « 100 % recyclable » sans analyser précisément la structure et sa fin de vie.
Le plastique monomatière est-il toujours préférable au carton plastifié ?
Non. Cette conclusion ne peut pas être généralisée.
Un emballage plastique bien conçu peut présenter une meilleure recyclabilité qu’un assemblage de carton et de plastique difficilement séparable. Mais un emballage en papier-carton dont les fibres sont facilement récupérables peut également bénéficier d’une filière performante, malgré la présence limitée d’un revêtement.
Le choix dépend notamment :
- des propriétés nécessaires à la conservation du produit ;
- de la quantité totale de matière utilisée ;
- de la durée de conservation attendue ;
- des contraintes de fabrication et de conditionnement ;
- du pays dans lequel l’emballage sera commercialisé ;
- des systèmes locaux de collecte, de tri et de recyclage ;
- des conséquences environnementales sur l’ensemble du cycle de vie.
La recyclabilité est un critère important, mais elle ne constitue pas à elle seule une analyse environnementale complète. Une comparaison globale peut nécessiter une analyse du cycle de vie prenant également en compte la consommation de matière, la fabrication, le transport, la protection du produit et les pertes éventuellement évitées.
Les bonnes questions à poser avant de choisir un emballage
Avant de valider une structure, il est utile de vérifier les points suivants :
- Quelle matière représente la partie principale de l’emballage ?
- Cette matière dispose-t-elle d’une filière de tri et de recyclage sur le marché concerné ?
- Les propriétés barrières demandées sont-elles réellement nécessaires ?
- Peut-on réduire le nombre de matériaux ou l’épaisseur des couches associées ?
- Les différents composants peuvent-ils être séparés pendant l’utilisation ou le recyclage ?
- Les encres, colles, vernis, étiquettes et fermetures sont-ils compatibles avec la filière principale ?
- La couleur et le décor permettent-ils une bonne détection en centre de tri ?
- Le fournisseur dispose-t-il d’éléments techniques permettant de justifier la recyclabilité annoncée ?
- La solution a-t-elle été évaluée à partir des recommandations du CEREC pour le papier-carton ou du COTREP pour le plastique ?
- Une solution plus simple peut-elle assurer les mêmes fonctions avec moins de matière ?
Concevoir pour une filière réelle
Il n’existe pas de matériau idéal pour toutes les applications. Le bon choix consiste à trouver le meilleur équilibre entre la protection du produit, la quantité de matière utilisée, la conformité réglementaire et la compatibilité avec une filière réelle de recyclage.
Le règlement européen sur les emballages et les déchets d’emballages renforce progressivement ces exigences. La recyclabilité devra donc être davantage mesurée, documentée et intégrée dès la conception de l’emballage.
Chez DPL Pack, nous étudions chaque projet en fonction du produit à conditionner, des performances attendues et des solutions industrielles disponibles. L’objectif n’est pas de privilégier systématiquement le carton ou le plastique, mais de construire une solution cohérente, fonctionnelle et adaptée à sa véritable fin de vie.
Sources
- CEREC – Guide d’évaluation de la recyclabilité des emballages ménagers en papier-carton
- Citeo – Matrice de recyclabilité des emballages en papier-carton
- Citeo – Les défis du matériau papier-carton, 7 mars 2025
- COTREP – Guides et ressources sur la recyclabilité des emballages plastiques
- Citeo – Emballages et matières : démêlons le vrai du faux, 7 novembre 2024
- Union européenne – Règlement (UE) 2025/40 relatif aux emballages et aux déchets d’emballages